Wu Hao, de l’Orient à l’occident par Zhang Juan

De l’Orient à l’Occident

La liberté et l’espace de création artistique
par Zhang Juan

Wu Hao est né en 1973 dans une famille cultivée. Son père, Wu Jiankun, est un dessinateur de timbres réputé. La feuille miniature de timbres ayant pour thème L’art scénique de Mei Lanfang est considéré comme une référence en matière de prix des timbres chinois : en moins de 50 ans, elle a atteint plus de 10 000 fois sa valeur.

Sous l’influence de son père, Wu Hao a commencé à apprendre la peinture dès son enfance. « Durant mes études, j’ai eu le vent dans les voiles, car je suis souvent arrivé premier aux examens », déclare-t-il modestement. En 1996, il a obtenu un diplôme de l’Académie centrale de Chine des arts et métiers, à Beijing. Deux ans plus tard, il est allé se perfectionner en France et a obtenu d’excellents résultats; cela lui a permis d’entrer directement en 4e année à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Il a terminé ses études en 2001, en obtenant le diplôme national supérieur d’art plastique.

Wu Hao, Ici, 2017, Huile sur toile, 38 x 61 cm

Par rapport aux œuvres des peintres chinois anciens qui ont résidé à l’étranger, celles de Wu Hao ont un caractère particulier. « Ce que je veux exprimer, c’est le résultat de ma vision des choses », explique-t-il. Son œuvre ne s’attache pas à un thème historique ou social concret, mais est toujours inspirée d’une expérience, d’un lieu ou d’une scène.

Il est doué pour l’ utilisation des couleurs et il a un bon coup de pinceau. Avec une liberté limitée, il construit un espace fantastique de couleurs. En outre, il prend la culture traditionnelle chinoise comme source de création et cela lui permet d’exprimer non seulement une forme visuelle, mais aussi sa psychologie; son oeuvre traduit souvent son expérience de vie. Par exemple, il est attiré par le rouge, et selon lui, cette fascination provient d’un foulard rouge qu’il a porté durant son enfance. « Je me rappelle les couleurs du foulard; il était teinté d’au moins quatre nuances de rouge. »

Wu Hao, Révolution, 2017, Huile sur toile, 22×27 cm

Une manière particulière de peindre
« Je dessine comme si je m’adonnais à la calligraphie », exprime Wu Hao. Dans la plupart de ses peintures, on peut distinguer les traits des caractères chinois. Cette manière de faire doit provenir des exercices de calligraphie auxquels il s’est livré dès son jeune âge. Il dit : « Je considère la forme carrée comme un signe de la culture humaine. En effet, elle n’appartient pas à la nature, c’est la création d’un être humain; pourtant, elle est présente partout dans la vie réelle. Je prends la couleur pour présenter cette forme, et avec la couleur, je l’utilise pour m’amuser sur la toile; c’est ainsi que je trouve le plaisir de créer. »

Cet artiste a une façon toute particulière de peindre. Ses œuvres sont généralement achevées à la campagne, et tout endroit peut être son studio. De plus, il n’utilise jamais de palette. Pour mélanger ses couleurs, il en met directement sur la toile. Lorsqu’il peint, des branches, des couverts de table et même des cailloux peuvent lui servir d’outils, à condition que ces objets correspondent à sa compréhension et à son langage pictural. « Je fais souvent des peintures sous la pluie, et je m’oppose à la restauration et à l’entretien des peintures à l’huile », souligne Wu Hao. En général, la peinture à l’huile craint le soleil et la pluie, mais Wu Hao pose sa toile qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil. « Qui peut vivre pour toujours? dit-il. Une fois mort, on ne meurt plus. Si la peinture déteint, j’utilise des nuances décolorées; elles ne vont plus se décolorer davantage. En fait, je profite des forces de la nature pour neutraliser rapidement les facteurs instables dans mes peintures. »

Wu Hao, Initiale, 2017, Huile sur toile, 27×41

D’après cet artiste, la situation actuelle de la peinture est loin d’être rose. Sous l’influence du multimédia et des vidéocassettes, les gens manquent d’intérêt pour admirer méticuleusement une peinture, car cela fatigue les yeux. « J’ose espérer qu’ils resteront cinq secondes devant mes peintures afin de créer les conditions nécessaires pour garder mes œuvres longtemps en mémoire.»
D’après lui, le premier critère de la peinture est la beauté; la simplicité vient ensuite.

Wu Hao, Aux, 2017, Huile sur toile, 46×38 cm

La fusion des cultures occidentale et chinoise
« Quitter ma patrie m’a permis d’étudier calmement la culture française et de jeter un œil nouveau sur ma culture d’origine », dit-il. Pour cet artiste, au moment de son séjour d’études en France, réapprendre la culture chinoise a été la leçon la plus importante pour lui et il l’a fait avec un succès inattendu. Au cours de la première année de ce séjour, il a éprouvé beaucoup de difficultés dans l’apprentissage de la langue et dans les cours spécialisés, Tout en apprenant le français, il a voulu en plus améliorer son chinois. Il s’est donc appliqué à lire de nombreux classiques chinois comme les œuvres de Lun Yu, Meng Zi et Zhuang Zi. Ces lectures ont joué un grand rôle dans ses études sur la culture. Après avoir terminé sa scolarité à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, il a poursuivi des études au Japon. Il y a éprouvé un sens plus vivant et plus fort du charme de la culture chinoise. Il a donc saisi l’occasion d’y puiser une expérience visuelle basée sur la calligraphie.

D’après lui, la connaissance d’une culture étrangère est tributaire de la connaissance de sa culture d’origine. Selon cet artiste, puisqu’il vient d’un pays ayant une longue civilisation, il ne peut être subjugué par une civilisation qu’il viendrait de découvrir. C’est le fondement pour communiquer avec une autre civilisation. « Je suis toujours persuadé que je bénéficie beaucoup de la culture chinoise, et je suis très honoré d’être un peintre chinois, parce que cela me donne une base constituée par des richesses accumulées depuis 5 000 ans. Cette base donne aux peintres chinois résidant à l’étranger la possibilité de mieux présenter l’espace et le langage de la peinture »

Wu Hao, La Citadelle, 2017, Huile sur toile, 38×46 cm

Wu Hao est laborieux. Il se juge lui-même : « Je ne suis pas un génie, mais plus que les autres, je suis un fanatique de la peinture. » Son directeur d’études à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris est un académicien français. Ce dernier en a fait une évaluation en ces termes : « M. Wu aime peindre. Il a un besoin essentiel de peindre comme de manger ou de dormir, des gestes qu’on doit faire tous les jours. C’est une personne qui est contente de peindre et qui souffre quand elle ne peint pas. » Quant à Wu Hao, il croit que ce « besoin essentiel » est une chance, parce qu’il peut gagner sa vie grâce à ce penchant pour la peinture.

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