JEAN JANSEM: La salle de répétition

La salle de répétition de l’Opéra de Paris, 1968
Huile sur toile, 130 x 195 cm

1964: c’est l’inauguration du nouveau plafond du Palais Garnier par Marc Chagall commandé par André Malraux alors ministre chargé des affaires culturelles. Commande qui aura fait couler beaucoup d’encre entre les partisans du modernisme et les tenants du conservatisme.Malraux tiendra bon, si ce n’est une légère! concession qui consistera non pas à détruire le précédent plafond mais à le masquer par une toile amovible de quelques 240m2 réalisée par Chagall dans les ateliers des Gobelins puis tendue par-dessus.  
Cette commande, autant acte politique que intellectuel intervient à une époque où Malraux, convaincu que l’art contribue au rayonnement international de la France, soutiendra notamment les commandes du Mobilier national dont Pierre Paulin sera l’une des grandes figures, et où la Compagnie générale transatlantique lancera un de ses plus gros chantiers avec le mythique France, dont la décoration duquel participera les plus grands noms de l’époque, peut s’entendre comme une volonté d’affirmation de puissance. 
C’est dans ce contexte foisonnant qu’avec la complicité consciente ou non d’André Malraux, les portes du Palais Garnier s’entrouvriront à quelques rares artistes venus ici s’imprégner d’un univers à part, peu ou mal connu que sont les coulisses des ballets. Atmosphère bien particulière en effet créée par une discipline de fer qui prévaut à tout entrainement, mais qui seule permet d’appréhender la sensation du geste, de sa souplesse, de son envergure, de son rythme, tel le trait de l’artiste qui les dépeint. Ils seront témoins aussi des moments de relâche, d’assouplissement, de complicité ou au contraire d’antagonisme entre les différentes danseuses, de la poussière du sol, du bruit des pas de danse, de l’énergie des mouvements que seul un artiste de talent comme Jean Jansem réussira à nous décrire. L’ombre des visages, la textures des couleurs, l’apparente désinvolture des danseuses nous plongent dans ce monde exclusif où la palette des couleurs et la sensibilité du trait nous offre une perspective unique.